Un esprit rebelle au service du bien commun

Dans une débauche d’énergie, Lynda Hostyn pourfend l’injustice au CCAS de Tourcoing.

La secrétaire adjointe du syndicat CFTC joue de ses convictions pour défendre le personnel du centre communal d’abord, les agents de Tourcoing plus largement, et lorsque il lui reste du temps, les salariés du public et du privé au niveau départemental.

« J’ai toujours eu l’esprit rebelle », reconnaît Lynda Hostyn. « Aussi, au travail, j’estime que les textes de loi sont là pour tous. Et qu’ils doivent être respectés ! », assène la secrétaire adjointe du syndicat CFTC de Tourcoing.

C’est donc avec ferveur qu’elle prend à bras-le-corps les problèmes rencontrés par les agents, en particulier ceux des plus démunis. Actuellement, Lynda Hostyn concentre ainsi son énergie sur le sort des 160 auxiliaires du CCAS de Tourcoing, fortement précaires. « Il suffit qu’il y ait le décès ou l’hospitalisation de personnes âgées, dans les résidences où ces personnels travaillent, pour voir d’un coup leur volume d’heures de travail fondre comme neige. Leur nombre d’heures de service est très fluctuant. C’est pour cela que je me bât pour leur garantir au moins 130 heures de travail par mois… »

Elle s’indigne. Car ces salariés du CCAS ont un petit salaire et sont soumis à des variations horaires importantes. « À cela s’ajoute l’évolution de l’activité des résidences », renchérit avec force indignation la militante. « Certains agents vont être appelés à travailler le week-end. Or, nombre d’entre elles sont des femmes seules avec des enfants qui devront trouver une solution pour les faire garder… »

Sentir les revendications monter

Pourfendeuse d’injustice, Lynda Hostyn agit beaucoup dans le ressort du CCAS, un peu son domaine réservé. Car l’équipe syndicale s’est partagé les champs d’action. Si le secrétaire général, Stéphane Bryckczynski, coordonne l’action CFTC au niveau de la ville, son adjointe a pris en charge le secteur lié à ses compétences d’aide-soignante, celui du CCAS. « Nous travaillons en binôme, et je m’appuie beaucoup sur ses compétences. Notre forte complicité n’est pas entamée par la différence d’âge importante. En concertation étroite, nous assurons la défense des agents, au sein des services municipaux comme au CCAS. »

Depuis trois ans à mi-temps syndical, parce qu’elle veut garder un pied dans son activité professionnelle, la militante emploie donc sa liberté syndicale pour aller ausculter le fonctionnement des structures. « Je veux rester au contact de mes collègues », martèle Lynda Hostyn.

« C’est pour cela que vit un militant. Les aides à domicile, les aides-ménagères ou les aides-soignantes me font remonter leurs difficultés dans les résidences. Les agents savent que je représente la CFTC. Ils n’hésitent pas à me solliciter, j’organise également des réunions d’information, par exemple, sur l’impact de la transformation de nos résidences en EHPAD, pour les personnes dépendantes… »

Dysfonctionnements à réguler

Lorsque il y a un problème, la secrétaire adjointe n’hésite pas à prendre rendez-vous avec la direction concernée pour aplanir les difficultés. Mais devant l’impossibilité de dégager une solution, elle n’hésite pas non plus à recourir à des moyens plus lourds, comme le recours judiciaire.

« J’ai dû me battre un an et demi pour qu’un agent victime d’un accident de service soit indemnisé par la collectivité. La victime ne recevait qu’un demi-salaire payé par la Sécurité sociale. Mais l’autre moitié due par la collectivité ne lui était pas allouée… » Défendre des situations individuelles la stimule, surtout lorsque le résultat est positif. Cet engagement, qui la « motive particulièrement », lui permet aussi d’être force de proposition au sein du comité technique paritaire du CCAS, où elle siège.

« Le CTP me permet de faire remonter les plus graves dysfonctionnements », témoigne Lynda Hostyn. « Par exemple, le cas d’agents non diplômés à qui la collectivité demande de réaliser certains soins réservés à des personnels qualifiés. C’est dangereux. Il y a d’ailleurs une grave dérive dans ce sens. On demande aux auxiliaires de vie de faire des tâches habituellement assurées par des aides-soignantes, et aux aides-soignantes de suppléer les infirmières alors qu’elles n’en ont pas légalement la possibilité… Il y a des protocoles à respecter, ne serait-ce que pour la toilette des personnes âgées. On prend des risques pour des questions de coûts. C’est inacceptable ! »

La militante CFTC redoute que le débat à ce sujet soit houleux. Mais elle y va, sans réserve. Son pire ennemi est le temps, en particulier celui qui lui manque. « Je suis sur-bookée et obligée de travailler chez moi, soirs voire week-ends », reconnaît-elle. Et pour cause. Au-delà de son activité professionnelle et syndicale à Tourcoing, elle est également engagée syndicalement au niveau départemental.

À l’approche du 1er mai, elle est chargée de recenser les manifestants qui monteront à Paris, et d’organiser leur prise en charge pour le transport voire les repas. Un travail de titan : cette année le Nord enverra-t-il deux ou trois bus de manifestants pour la fête du travail ?

 

Parcours

1970 : BEPC, et une première expérience d’auxiliaire de service en hôpital

1972 : préparatrice de commandes dans une maison d’édition puis une pause pour élever ses enfants.

1983 : elle est recrutée par le CCAS de Tourcoing en tant qu’agent d’entretien avec des fonctions d’aide-soignante, compte tenu de son expérience passée.

1987 : elle se syndique à la CFTC et apporte ponctuellement son aide.

1996 : elle décroche le diplôme d’aide-soignante, puis le concours. D’abord aide-soignante à domicile, elle rejoint ensuite la résidence des Acacias où elle exerce encore.

2002 : Lynda Hostyn est élue secrétaire général adjoint du syndicat CFTC de Tourcoing, et dispose d’un mi-temps syndical.

 

Portrait paru en 2006 dans La Voix, le magazine CFTC des Territoriaux